De tout temps, l'une des
préoccupations essentielles de l'homme a été de protéger tous les jours
de disette le surplus des produits que la chasse, la pêche, le
ramassage, la cueillette ou la récolte lui avaient . Nos lointains
ancêtres séchaient déjà leurs filets de mammouth au soleil; le fumage,
fut la première technique de conservation des produits alimentaire a
suivi de peu la découverte du feu.
La salaison était très connue
des peuples de l'Antiquité, Homère et Hesiode nous apprennent que, de
leur temps, plus de six siècles avant Jésus-christ, l'art de saler les
viandes et les poissons était déjà mis en pratique, Herodate nous donne
la même description en Egypte. Les phéniciens, qui cinq à six cents ans
avant notre ère voyageaient le long des côtes lointaines de l'Afrique,
de l'Europe ou de l'Asie, n'auraient jamais pu accomplir ces traversées
s'ils n'avaient eu les moyens de conserver par salage les viandes
servant à leur alimentation.
Les formes les plus primitives
de l'alimentation connaissent également les aliments fermentés. On en
retrouve une technologie de fermentation de la choucroute (jeunes
rameaux de bourgeons et de feuilles), dont les populations pauvres des
régions nordiques font provision pour l'hiver.
Tous ces moyens de
conservation ont pour objectif de lutter entre les altérations aux
quelles sont exposées toutes les denrées alimentaires, qu'elles soient
d'origine végétale ou animale, et qui ont des causes diverses, mais les
plus importantes sont incontestablement d'origine biologique. Parmi
celles-ci, Certaines sont dues aux microorganismes: moisissures, levures
et bactéries ou aux phénomènes diastasiques.
L'ail comme denrée végétale
est conservée par plusieurs procédés qui restent plus ou moins
satisfaisants selon l’usage et la commercialisation. le procédé le plus
ancien et le plus facile étant la fermentation en saumure.
La conservation par
fermentation est avantageuse par deux point essentiels:
- Le premier est d'ordre
économique, puisque la fermentation lactique utilisant uniquement du sel
ne consomme pas d'énergie.
- Le second est d'ordre
nutritionnel, car la fermentation conduit en général à une amélioration
de la valeur nutritive des aliments (Hesseltine et Bressani 1983).
GENERALITE SUR L'AIL
L'ail (Allium
sativum) est une plante dont les bulbes, appelés têtes d'ail sont
formés de caïeux appelés «gousses d'ail»; qui ont une odeur forte et un
goût piquant. Ces propriétés organoleptiques font que l’ail soit utilisé
comme condiment d'assaisonnement.
Elle forme un genre de la
famille des liliacées, qui comprend un grand nombre d'espèces parmi
lesquelles l'ail proprement dit, l'oignon, le poireau, l'échalote, la
ciboule et la ciboulette.
Ce sont des plantes herbacées,
vivaces, à tige dressée ordinairement creuse, à feuilles engainantes,
planes ou cylindriques à fleures verdâtres ou violacées disposées en
ombelle simple, enveloppée d'une spathe avant l'épanouissement.
La culture de l'ail proprement
dit se fait par plantation de caïeux en automne ou au printemps, en
terre légère, la récolte à lieu en été.
L'ail est surtout utilisé en
cuisine dans les régions méridionales, et comme condiment. Elle possède
des propriétés médicamenteuses (anti-anémiques et diarrhéiques) qui sont
attribuées à une essence sulfurée qui s'élimine par le poumon; on
l'utilise parfois dans les affections pulmonaires, le rhumatisme,
l'hypertension et contre les vers intestinaux, principalement sous forme
d'alcoolature.
Sa saveur âcre et aromatique
est due à la présence de sulfure d'allyle et de sulfocyanates, en effet,
les composés aromatiques d'ail ont été extrait par le
dicholoro-difluoro-methane et ont été analysés par GLC/MS avec examen
olfactif des fractions séparées, ainsi 26 fractions ont été isolées à
partir des quelles 19 ont été identifiées, comme étant 3 monosulphides,
7 disulphides, 3 trisulphides, 2 thiophenes et thiosulphinate d'allyl.
Composition chimique
L'ail est non seulement un
condiment mais aussi un aliment grace au sucre qu'il contient. Il
renferme en outre des vitamines diverses (C, pp) et est riche en sels
minéraux comme le montrent les tableaux suivants:
Composition de la pâte d'ail
pour 100 g de matière
FERMENTATION
La fermentation d’ail est
encore au stade traditionnel dans la plupart des pays producteurs. La
fermentation d’ail est une technologie facile et simple mais le risque
d’altération est toujours à craindre. En fait le control de la
fermentation s’avère toujours le moyen le plus adéquat pour éviter les
pertes de ce produit.
Physico-chimie
Le déroulement de la
fermentation lactique dans l’ail en fermentation se traduit par
l’évolution des phènomènes physico-chimiques accompagnant cette
fermentation. ces phénomènes permettent de juger la fermentation et de
prédir d’un bon déroulement de la phase d’acidification qui joue le role
de conservation.
Le pH commence à diminuer dès
le premier jour de fermentation. cette diminution indique un bon début
de la fermentation. Le pH atteint une valeur ultime entre 4 et 4.5 au
bout de 6 à 7 jours à température ambiante (24°C). La chute de pH est
due à l’accumulation de l’acide lactique libéré par les bactéries
lactiques responsable de la fermentation. L’acidité titrable augmente
progressivemnt pour atteindre des valeurs de l’ordre de 0.8 à 1% exprimé
en acide lactique.
On note une légère
augmentation du pH qui reste sans explication objective et qui a
toujours lieu au cours de lafermentation ou au cours de l’entreposage.
cette augmentation du pH permet un retablissemnt autour du pH 4.6-4.8.
Cette valeur est suffisante pour inhiber certains microorganismes
dangereux comme Clostrium botulinum mais le risque d’une contamination
par des microorganismes d’altération pouvant supporter cette valeur de
pH est toujours possible.
MICROBIOLOGIE
La microflore normale
La flore mésophile aérobie
totale augmente de 103 comme population initiale jusqu’à
atteindre un maximum de 107 après 3 à 5 jours de
fermentation. Cette flore diminue ensuite pour atteindre des valeurs de
l’ordre de 10 ufc/ml au bout de vingt jours environ. Cette disparition
des microorganismes indésirables est un phénomène normal dans
pratiquement toutes les fermentation. En effet, le role de la
fermentation est une conservation de l’aliment par une acidification
biologique naturelle qui inhibe les microorganismes autres que les
bactéries lactiques en général.
La disparition de la flore
indésirable est un signe du bon déroulement de la fermentation. La
diminution de la flore mésophile aérobie totale dans la saumure est due
aux conditions devenues défavorables sous l’effet de l’aciditté du sel
des substances inhibitrices secrétées par les bctéries lactiques et par
certaines substances inhibitrices provenant de l’ail.
Les levures et moisissures.
Le suivi des levures et
moisissures a montré une absence totale de ces microorganismes dès le
début de la fermentation. Aucune colonie ni thalle n’est apparue dans la
saumure durant la periode de fermentation ou de stockage. cette absence
est probablement due aux substances inhibitrices de l’ail pour ces deux
groupes de microorgansimes.
Nous avons démontré l’effet
antifongique de l’ail dans un travail sur la recherche des
antifongiques naturels pour la conservation de certains produits
alimentaires fermentés (Asehraou et al, 1996). Cet effet est très élevé
quant on utilise l’ail entier ou son hule essentielle.
L’absence des levures et
moisissures dans la fermentation de l’ail est un phénomène normal à
cause du pouvoir antifongique d’ail. Cette propriété fait impliquer
l’ail d’une part dans des applications de conservation des aliments où
la presence des levures et/ou des moisissures est dangereuse et d’autre
part l’ail fermenté ne risque aucune contamination fongique pouvant
modifier sa qualité organoleptique au cours de l’entreposage.
La flore lactique.
l’étude biodynamique de la
flore lactique au cours de la fermentation traditionellle d’ail a montré
que cette flore débute par un nombre variable selon le genre des
bactéries lactiques. Ce nombre est de l’ordre de 104 pour les
Lactobacillus et 102 pour les Pediocoque et 103 pour les Leuconostoc.
Cette population devient à la phase de la première phase qui dure 4 à 6
jours 108ufc/ml pour les Lactobacillus, 5106 pour les
pediocoques et 107 pour les Leuconostoc. Ces profiles sont atteints à
une température ambiante de fermentation de 22 à 24°C. Cette importante
croissance de la flore de fermentation témoigne du bon déroulement de la
phase d’acidification primaire et par conséquent, une conservation des
gousses d’ail.
La phase secondaire à la phase
stationnaire de la flore lactique. Cette phase marque l’établissement
d’un pH acide qui atteint une valeur ultime de 4 à 4.5. Durant cette
phase la population microbienne indesirable disparait complètement et la
population de la flore lactique se maintient à un niveau constant
pendant 8 à 10 jours. La flore exposée à l’acidité à la diffusion des
substances inhibitrices du materiel végétal vers la saumure (l’allicine)
et à l’épuisement de certains nutriments est appelé à decliner en
nombre. On observe une dimunition qui marque la troiseième phase où le
pH commence à augmenter légèrementet où la flore lactique subit une
chute notable pour atteindre des niveux de l’ordre 105ufc/ml
de saumure pour tous les genres.
Dans la fermentation d’ail,
les bactéries lactiques croissent en même temps contrairement aux autres
fermentations végétales où on observe une succession des genres à savoir
les Leuconostoc, les Lactobacillus et les Pediococcus. Ce phénomène
n’est pas observé dans le cas de l’ail où on dénombre les trois genres
au même niveau dès le départ et se multiplient presque de la même
manière durant la première phase.
Les bactéries lactiques que
nous avons identifiées dans la fermentation d’ail comprennent les
espèces les plus répondues dans la fermentation végétale en général et
certaines espèces rares à des proportions moindres. En effet, les
espèces du genre Lactobacillus étaient dominées par:
Espèces majeures
L. plantarum L. brevis
L. buchneri
Espèces mineures
L. confusus L. pentosus
L. corynneformis subsp torquens L. virididescens
L. casei subsp
tolerans L. delbruekii subsp delbruekii L. Jensenii
Les pediocoques étaient
representés par les espèces:
P. acidilactici P.
parvulus P. damnosus P. pentosaceus P. halophilus
Les espèces de Leuconostoc
se repartissaient comme suit:
Leu. mesenteroides
subsp mesenteroides
Leu. mesenteroides
subsp dextranicum
Leu. Oenos